
Le sujet n’est pas nouveau : le blues des profs est documenté depuis plusieurs décennies. Et s’il fait encore sourire en coin certains mauvais esprits mal éclairés, la situation ne cesse de s’enliser, comme en témoignent les différents baromètres réalisés par les syndicats enseignants. Selon la FSU, entre 84 et 92 % des personnels sont fatigués, désabusés, inquiets pour l’école. Ils sont de plus en plus nombreux à démissionner, même si les chiffres sont tabous, comme ceux des suicides.
En Gironde, Carine songe de plus en plus à se reconvertir. Professeure d’histoire géographie depuis vingt-cinq ans, elle adore son métier. Pourtant, elle a craqué. En juin 2024, en urgence, elle demande « un congé sans solde pour convenance personnelle ». Burn-out. Le résultat d’une addition de « lassitude professionnelle » et du « déracinement » induit par sa mutation récente. Après vingt ans en région parisienne dans des établissements dits difficiles, elle ne s’attendait pas à tomber, en province, sur des élèves pas si faciles que ça. Qui décident de tester « la nouvelle » prof. Avec les troisièmes, la situation vire au conflit, les parents d’élèves se déchaînent sur l’intranet de l’établissement, insultes comprises. Quoique sympathiques, ses collègues ne prennent pas la mesure de son désarroi. Pas plus que le responsable ressources humaines (RH) de proximité. Son conseil ? « Allez marcher en forêt ! »
« Cela ne va pas ? Allez marcher en forêt ! »
« La société a changé, l’institution aussi »
La rupture est inévitable. Heureusement, au rectorat, sa « DPE », comprenez sa référente RH, saisit son SOS au vol. En congés sans solde, Carine « revit ». « D’abord, j’ai passé de bonnes vacances d’été, au lieu d’en dédier la moitié à préparer mes cours et corriger des copies. Je suis enfin redevenue disponible pour mes proches. » Depuis trois mois, elle occupe un emploi de vendeuse en chocolaterie. « J’ai divisé mon salaire par 2,5 certes, mais ma charge mentale par dix » résume-t-elle. Reviendra-t-elle en classe ? « Je ne sais pas », murmure-t-elle.
Alice, elle, a trouvé la force. Après un arrêt maladie de plusieurs années pour épuisement professionnel, cette enseignante d’anglais issue d’une famille de profs a repris la route du collège, à mi-temps thérapeutique. Pendant son arrêt, elle a fait un long travail d’analyse, accompagnée par un psychologue, pour dérouler le fil du cauchemar. « En vingt et une années d’enseignement, les conditions de travail se sont notablement dégradées, ainsi que le climat scolaire, l’état des bâtiments », pointe-t-elle. « La société a changé, l’institution aussi. J’ai compris que c’était à moi de m’adapter, ou de partir, comme le font de nombreux jeunes collègues » dit Alice. Désormais, elle « essaie de vivre le métier autrement, en essayant d’être moins exigeante et moins perfectionniste ». Pas facile.
« Maltraitance institutionnelle »
Pas facile non plus pour Stéphanie, mère solo de deux enfants, qui a appris au détour d’une réunion plénière, et sans autre forme de communication, que son poste était supprimé pour cause de carte scolaire. Mutation obligatoire. « Sans aucune garantie d’être affectée à distance raisonnable de mon lieu de résidence », dit-elle, traumatisée par ce qu’elle analyse comme « une maltraitance institutionnelle ».
Des témoignages aussi dramatiques, Emmanuel Ruellan, secrétaire académique du SGEN-CFDT, en entend de plus en plus souvent à la permanence syndicale. « Depuis la rentrée, déjà cinq collègues sur le point de craquer nous ont appelés. En quinze ans de syndicalisme, c’est la première fois que les appels au secours interviennent si tôt dans l’année. La situation se détériore », dit-il. À la clé, « des démissions, ruptures conventionnelles, demandes de temps partiels pour pouvoir supporter la situation, ou de disponibilité. Demandes souvent refusées par l’administration ». Quand les conditions de travail sont à l’origine de l’arrêt maladie, la CFDT se bat pour que soit reconnu l’accident de travail. « Cela ne pose pas de problème quand il y a des traces physiques, comme dernièrement pour un collègue mordu par un élève », explique-t-il. Beaucoup plus ardu quand la souffrance est psychologique.
Alors, oui, dans la rue, ce jeudi, il y aura des enseignants. Pas forcément ceux-là. Stéphanie sera dans sa classe. « Mère célibataire, je ne peux pas m’offrir le luxe d’être en grève », dit-elle. Alice, militante de la première heure est « tiraillée ». « J’ai envie de protester, oui, pour parler de rémunération et de pénibilité, dit-elle. Après plus de vingt ans de carrière, je culmine à 2 200 euros net à temps plein. » Elle reprend son souffle. « Mais je n’ai même plus la force de me rebeller. Je suis trop épuisée. »
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