
Baisse de la consommation, hausse des prix des carburants… Le contexte économique heurte de plein fouet les petites entreprises. Sabrina, gérante d’un salon de coiffure sous franchise à Épinal (Vosges) depuis six ans, joue désormais sur sa rémunération pour maintenir sa trésorerie plus ou moins à flot. « Je me paie un Smic en trois ou quatre fois dans le mois, grâce au découvert autorisé. J’ai même changé de banque pour avoir cette possibilité et renégocier mon prêt, en allongeant la durée pour baisser les mensualités. »
Pourtant, son chiffre d’affaires est stable depuis deux ans, après avoir connu une baisse. Pour réduire les charges sur son salaire, la coiffeuse a décidé de modifier le statut de son entreprise. Avec l’inconvénient de voir sa protection sociale baisser. « Je n’ai pas le choix face à l’augmentation des charges. Tout augmente : l’Urssaf, le loyer, l’électricité mais aussi les fournisseurs. Par exemple, L’Oréal augmente ses tarifs deux fois par an. » Ce qui la fait tenir ? « Les bons moments partagés avec mes trois salariées, la clientèle. J’ai envie de me battre », confie l’entrepreneuse de 48 ans, qui doit compter sur le revenu de son mari pour vivre au quotidien.
« Je vis aux crochets de mon conjoint »
Mallaury, coiffeuse à Charmes (Vosges), a décidé d’arrêter les frais, six ans après avoir repris l’entreprise à son ancienne patronne. La jeune femme de 26 ans a demandé la liquidation judiciaire de la société, qui salarie une employée, après un burn-out et un an de redressement judiciaire. Son salaire variait entre 600 et 1 000 euros ces dernières années. « Ça ne vaut plus le coup d’être à son compte. À quoi bon avoir la charge mentale, la comptabilité, pour ne rien gagner à la fin du mois… Je vis aux crochets de mon conjoint. On n’avance pas dans notre vie personnelle, pour des projets immobiliers ou fonder une famille, avec 800 euros par mois. » Elle continuera ce travail qu’elle « aime toujours » avec le statut de micro-entreprise, en réaménageant une pièce de son domicile.
Jérôme (*), cuisiniste dans la Meuse, a lui temporairement le sourire. Il vient de réaliser une vente : la première depuis 10 jours. Alors lorsqu’il faut décrire l’activité des derniers mois, l’inquiétude revient vite. « On voit très bien que les gens consomment moins, c’est spectaculaire », constate-t-il. Et sa rémunération en pâtit : « Je ne me verse rien environ deux mois sur trois en ce moment, alors heureusement que ma compagne gagne bien sa vie. Elle me dit souvent que je devrais arrêter pour faire autre chose… » Lui apprécie trop le contact avec le client pour l’envisager pour l’instant, malgré la hausse des charges, des prix des fournisseurs ou des délais de livraison. « Les loyers ont explosé, et tous les locaux sont détenus par une holding sur la zone que je convoite. Impossible de négocier. Mon projet d’acheter un bâtiment est forcément reporté vu le contexte. »
(*) Le prénom a été modifié.
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