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Des travaux menés à l’UNIGE proposent des pistes pour repenser la répartition de la valeur générée par la production artistique, à l’ère des plateformes numériques et de l’IA.

Les plateformes numériques et l’intelligence artificielle (IA) transforment profondément les modes de création, de diffusion et de consommation de la production artistique. Des recherches menées à l’Université de Genève (UNIGE) analysent les implications de ces transformations sur la répartition de la valeur dans l’économie numérique. Publiés dans l’ouvrage Creative Value Chains: Copyright and Beyond for a Better Value Distribution, ces travaux proposent un nouveau modèle économique visant à assurer une distribution plus équitable de la valeur entre les artistes, les plateformes et les utilisateurs, fondé sur une gouvernance et une rémunération partagées. Cette publication s’accompagne de performances-conférences intitulées Law By Music, qui associent musique en direct et visuels générés par l’intelligence artificielle. À travers cette approche immersive, elles invitent le public à réfléchir aux enjeux juridiques, économiques et éthiques soulevés par les pratiques créatives contemporaines.
Selon des données récentes de la plateforme de streaming musical Deezer, près de 44 % des nouveaux titres mis en ligne sur les services de streaming sont entièrement générés par l’intelligence artificielle, soit environ 75 000 morceaux par jour. Dans ce contexte, l’intensification de la concurrence sur les plateformes de diffusion rend la visibilité des artistes toujours plus difficile à obtenir et affecte, plus largement, les conditions de leur rémunération.
Par ailleurs, les modèles d’intelligence artificielle sont souvent entraînés à partir d’œuvres protégées par le droit d’auteur – qu’il s’agisse de textes, d’images ou de musique – afin de produire de nouvelles créations susceptibles de concurrencer celles réalisées par des auteurs et des artistes humains. Cette évolution fait peser des risques sur la création humaine et sur la diversité culturelle.
Ces plateformes transforment non seulement les œuvres culturelles, mais aussi les interactions des utilisateurs en données monétisables, susceptibles d’être exploitées pour la publicité ciblée, ou utilisées pour entraîner des modèles d’IA.
«L’économie numérique actuelle repose sur une main-d’œuvre largement invisible: d’une part, les créatrices et créateurs de contenus culturels, souvent insuffisamment rémunérés, voire pas rémunérés du tout, et, d’autre part, les internautes, dont les données génèrent une valeur considérable», explique Yaniv Benhamou, professeur de droit du numérique, de l’information et des médias et directeur du Digital Law Center (DLC) à la Faculté de droit de l’UNIGE.
Dans l’ouvrage Creative Value Chains: Copyright and Beyond for a Better Value Distribution publié aux éditions Bristol University Press, qui condense 20 ans de recherche académique sur le sujet, le chercheur analyse la manière dont les plateformes captent l’essentiel de cette valeur, tout en fragilisant la position des artistes, des travailleurs et travailleuses culturelles ainsi que des internautes. Il propose un nouveau cadre légal et économique fondé sur une justice distributive et une réassignation de la valeur.
Trois types de plateformes
Dans ces travaux, Yaniv Benhamou s’intéresse à trois grandes catégories d’industries créatives et d’acteurs :
- Les plateformes de streaming musical, telles que Spotify
- Les réseaux sociaux, comme TikTok
- Les systèmes d’intelligence artificielle générative, à l’instar de OpenAI (ChatGPT)
«Ces plateformes transforment non seulement les œuvres culturelles, mais aussi les interactions des utilisateurs en données monétisables, susceptibles d’être exploitées pour la publicité ciblée ou utilisées pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle», explique le chercheur.
Le concept de «chaîne de valeur créative», qui constitue le cœur de l’ouvrage, remet en question la vision traditionnelle de la création comme étant le fruit d’un seul auteur. Selon l’auteur, toute œuvre artistique résulte d’une succession d’étapes, d’acteurs et d’interactions au sein du processus créatif, impliquant les artistes, les professionnels de la culture et les publics. Cette approche appelle à une meilleure reconnaissance de l’ensemble des acteurs qui contribuent au processus de création, y compris les internautes, dont les activités en ligne participent à la génération de valeur.
Des propositions concrètes pour rééquilibrer le système
Pour réformer ce système, le professeur Benhamou avance plusieurs pistes:
- De nouveaux droits à rémunération pour le streaming et l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle, étendus aux métadonnées et aux données d’usage.
- Des contrats plus transparents, associés à des coopératives de données capables de négocier collectivement les droits et de répartir la valeur générée par les usages en ligne.
- Des mesures de politique publique visant à renforcer les professions créatives et à construire un secteur culturel plus résilient, notamment en consolidant son pouvoir de négociation face aux plateformes.
- De nouveaux modèles de gouvernance, tels que des plateformes détenues conjointement par les artistes et les utilisateurs, associés à des technologies de suivi des données permettant d’automatiser le calcul et la répartition des redevances.
L’objectif est d’accroître la transparence et de rééquilibrer l’asymétrie des rapports de force entre les plateformes et les acteurs de la création.
À l’occasion de la publication de son ouvrage, Yaniv Benhamou propose une approche innovante de la communication scientifique : les performances-conférences Law By Music, qui associent musique en direct et visuels générés par l’intelligence artificielle, réagissant en temps réel à la musique. Ces événements visent à illustrer de manière concrète les enjeux juridiques, économiques et éthiques liés à la création à l’ère numérique. Une prochaine représentation est prévue à Genève le 24 septembre 2026.
Yaniv Benhamou, «Creative Value Chains: Copyright and Beyond for a Better Value Distribution»
Bristol University Press, 2026, 274 p.
Vernissage sous forme de performance-conférence, 24 septembre 2026, Downtown studio, Genève.
Plus d’informations: creativevaluechains.com
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