
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi l’ordonnance pourrait bientôt rapporter plus que la boîte.
- Les gagnants et les perdants d’une réforme qui redistribuerait les revenus.
- Ce que l’Igas et l’IGF veulent changer dans la rémunération des officines.
- Pourquoi une réforme à enveloppe constante paraît difficilement tenable.
- Ce que cette évolution changerait pour votre pharmacie.
Premier axe de transformation de l’économie officinale : poursuivre le basculement vers une rémunération fondée sur les honoraires. En cinq ans, leur poids est passé de 3,52 à 4,23 milliards d’euros, tandis que la marge réglementée diminuait de 1,79 à 1,64 milliard d’euros.
Pour les pouvoirs publics, l’objectif est clair : rémunérer davantage l’acte pharmaceutique que le produit. Cette évolution a permis de réduire progressivement la dépendance des officines aux variations du prix du médicament. En revanche, leur activité reste aujourd’hui largement conditionnée par les volumes dispensés, qui continuent de structurer une grande partie de leur rémunération.
Faire de l’ordonnance le cœur du modèle
Dans leur rapport publié début mai, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale des finances (IGF) proposent d’aller plus loin en recentrant la rémunération sur l’ordonnance elle-même. L’idée consiste à valoriser davantage l’analyse pharmaceutique, la sécurisation des traitements et l’accompagnement des patients plutôt que le simple nombre de conditionnements délivrés.
Cette orientation accompagne l’évolution des pratiques. Près d’une ordonnance sur deux ne comporte désormais qu’une seule ligne de prescription. Dans le même temps, les missions des pharmaciens se diversifient avec le développement des entretiens pharmaceutiques, des vaccinations, des dépistages ou encore du suivi des patients chroniques. Dans ce contexte, une rémunération principalement fondée sur le nombre de boîtes apparaît de moins en moins représentative du travail réellement effectué.
Le dispositif actuel comporte déjà plusieurs honoraires liés à l’ordonnance :
- 0,61 € par ordonnance exécutée,
- 0,31 € supplémentaire pour les prescriptions comportant plus de cinq lignes,
- 1,68 € pour les patients de moins de 3 ans ou de plus de 70 ans, ainsi que 3,57 € pour certaines prescriptions spécifiques.
À ces montants s’ajoutent toutefois les honoraires versés par conditionnement délivré, soit 1,02 € par boîte (2,76 € pour un conditionnement trimestriel).
Une réforme aux effets très contrastés
Cette évolution ne serait toutefois pas neutre. Derrière un changement technique se cache une profonde redistribution des revenus entre officines. Les pharmacies situées dans des territoires vieillissants assurent quotidiennement la prise en charge de patients polymédiqués nécessitant des analyses d’interactions, des adaptations thérapeutiques et un suivi renforcé. Ce sont également ces prescriptions complexes qui génèrent aujourd’hui le plus grand nombre de boîtes délivrées.
À l’inverse, les officines implantées dans des zones urbaines ou commerciales enregistrent souvent un nombre élevé d’ordonnances courtes mais un volume moyen de médicaments plus faible. Un basculement plus marqué vers une rémunération à l’ordonnance pourrait donc avantager certaines pharmacies et en pénaliser d’autres.
Un changement difficile à mener à enveloppe constante
Pour les représentants de la profession, une telle évolution ne pourra pas être mise en œuvre sans moyens supplémentaires. Selon la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, une diminution de seulement 10 centimes de l’honoraire à la boîte représenterait près de 240 millions d’euros à redistribuer, alors qu’une hausse équivalente de l’honoraire à l’ordonnance ne mobiliserait qu’environ 65 millions d’euros.
Les syndicats estiment donc qu’une réforme à enveloppe constante créerait inévitablement des gagnants et des perdants. Une revalorisation importante des honoraires ou la création de nouveaux financements apparaissent indispensables pour accompagner la transformation du modèle économique officinal.
Ce que changerait une rémunération davantage fondée sur l’ordonnance
Les pharmacies potentiellement gagnantes. Les officines urbaines ou implantées dans des centres commerciaux, caractérisées par un fort passage et un grand nombre d’ordonnances courtes, pourraient bénéficier d’une hausse de leur rémunération.
Les pharmacies potentiellement perdantes. Les pharmacies rurales ou accueillant une patientèle plus âgée, souvent traitée pour plusieurs pathologies chroniques, risqueraient de voir diminuer les revenus aujourd’hui liés aux volumes de médicaments délivrés.
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