
« Aujourd’hui, les enfants ne partent plus pour voir du pays mais pour s’occuper »
Chercheur en animation sociale et socioculturelle au sein de l’Université Côte d’Azur, Eric Carton est lui-même ancien animateur-formateur. Si pour lui, les colos ont radicalement changé en l’espace de 30 ans, ce n’est pas forcément pour le bien de l’enfant.
Entre diversification et spécialisation, les colos évoluent-elles dans le bon sens ?
« Il faut savoir que cette évolution ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait au moins 30 ans que nous assistons à une transformation des séjours pour enfants. Le désengagement de l’État et des collectivités a laissé la porte grande ouverte aux associations et organismes commerciaux. Désormais, le premier organisateur de colos en France s’appelle l’UCPA. En tant qu’association privée, elle doit faire le plein de ses séjours. C’est pourquoi nous sommes progressivement passés d’un objectif de réponses aux besoins de l’enfant à celui de satisfaire l’enfant. Ce qui n’est pas du tout la même chose, puisqu’on se contente de l’encadrer sans rien lui imposer. »
N’est-ce pas normal au vu de l’évolution de la société ?
« Cela le serait effectivement si les quelques colos »traditionnelles » qui perdurent encore n’étaient pas obligées de se mettre au diapason de ces offres commerciales pour ne pas disparaître. Que les enfants fassent aujourd’hui plus d’activités qu’avant ce n’est peut-être pas plus mal, mais le problème est qu’on en oublie la finalité première d’une colonie de vacances : permettre aux enfants de voir du pays, de quitter leur quartier ou leur village. Désormais, il s’agit de les occuper, de leur faire faire un maximum de choses en un minimum de temps, même quand vous les envoyez avec le CE de votre entreprise. »
« L’esprit des vacances en lui-même est en train de disparaître »
En quoi la valorisation de l’activité d’animateur (décret du 1er mai 2025) change la donne pour le secteur ?
« Cela a forcément un coût sur les séjours, qu’ils soient payés par les parents ou les comités d’entreprise, mais en réalité cette revalorisation des indemnités d’animateurs était devenue obligatoire. L’animateur est une espèce en voie de disparition. Plus de 10 000 manquent à l’appel chaque année (45 000 animateurs ont été recensés en 2024 contre 55 000 nécessaires, selon l’UFCV). Non pas que cet engagement auprès des enfants et de l’éducation populaire ne plaise plus, mais l’animation devenant un métier à part entière, les jeunes passent aujourd’hui le Bafa pour devenir ensuite éducateur professionnel, non pour animer des colos. Il faut donc les attirer par tous les moyens. »
Baisse du nombre d’animateurs, logique commerciale… La fin des colos est-elle proche ?
« Ça fera 150 ans l’année prochaine que les colos existent en France. Elles ont connu toutes sortes de transformations et d’évolutions et pas mal de concurrence – y compris avec le scoutisme – mais le problème aujourd’hui est que l’esprit des vacances en lui-même est en train de disparaître. Étymologiquement, vacances signifie »ne pas être occupé », ne rien faire en quelque sorte. Mais vous vous imaginez ne rien poster sur les réseaux sociaux de tout l’été… alors il faut multiplier les activités et les expériences pendant les vacances y compris pour celles des enfants. »
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