Mercredi 15 octobre, sous l’égide du CNC, des syndicats ont conclu un accord interprofessionnel visant à renforcer la rémunération et le statut des auteurs. Dans le milieu, les avis sont partagés.

Les représentants des organisations représentatives des producteurs de cinéma et des auteurs lors de la signature de l’accord, le 15 octobre 2025. Photo CNC
Publié le 16 octobre 2025 à 18h40
En mars 2019, l’association SCA (Scénaristes du cinéma associés) alertait, à travers un ouvrage réunissant une soixantaine de scénaristes, sur la précarité du métier. Six ans plus tard, le groupe peut se réjouir : des syndicats de scénaristes et producteurs sont finalement parvenus à un accord interprofessionnel, signé mercredi 15 octobre, après de longues négociations menées sous l’égide du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Premier point fort, l’accord garantit à un scénariste une rémunération minimale fixée à 17 000 euros brut, même si le film n’entre pas en production, c’est-à-dire ne se tourne finalement pas. Une part significative de ce montant devra être versée dès les premières étapes d’écriture du projet. Selon la SRF (Société des réalisateurs et réalisatrices de films), cela « représente aujourd’hui une amélioration pour 35 % des réalisateurs-écrivant et 63 % des scénaristes d’un premier long métrage ». Car derrière un film produit se cachent généralement cinq ou six scénarios, souvent non rémunérés, ou sous-payés, et jamais portés à l’écran.
Un “montant minimum trop bas”
Autre mesure phare, chaque contrat signé avec un scénariste devra désormais prévoir une indexation sur les financements externes d’un film — en clair, un pourcentage sur le budget de l’œuvre. « Une avancée significative, puisque pour l’heure, plus de la moitié des contrats n’en bénéficient pas », nous déclare Rosalie Brun, déléguée générale de la SRF. L’accord renforce également la transparence et la reconnaissance pour la profession, tant aux génériques que dans les outils de communication autour des films.
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Qualifié de « vertueux » par Sabine Le Stum, déléguée générale de la SCA, et salué par la ministre de la Culture Rachida Dati, l’accord ne fait pourtant pas l’unanimité dans la profession. Présent tout au long des négociations, le syndicat La Guilde française des scénaristes a ainsi refusé de signer le texte, dénonçant un « montant minimum trop bas. Nous devons être rémunérés à hauteur de la valeur du travail que nous fournissons », s’indigne Jean-André Yerlès, vice-président du répertoire cinéma de la Guilde, pour qui l’accord « organise la précarité » au lieu de la combattre. Le Syndicat des Scénaristes ainsi que celui des agents de scénaristes représentés par le syndicat SFAAL, se sont eux aussi publiquement opposés au texte. Une pétition a été lancée, appelant la ministre de la Culture à ne pas étendre l’arrêté, pour qu’il ne s’applique qu’aux organisateurs signataires.
Une première étape
Ces inquiétudes sont partagées : la SRF redoute, elle aussi, que les planchers ne finissent par devenir la norme. « Nous avons beaucoup hésité à signer cet accord, concède Rosalie Brun. Voir des montants aussi bas nous fait mal au cœur. Mais s’ils ne reflètent pas la réalité du travail d’écriture, il faut reconnaître qu’ils rehaussent tout de même de manière significative la rémunération de nombreux scénaristes et permettent de limiter les abus. » D’après elle, l’accord, prévu sur trois ans, pose malgré tout les bases d’un cadre nécessaire dans une profession longtemps laissée sans repères.
Si la signature du texte marque une avancée, elle ne constitue, pour la SRF, que la première étape vers une reconnaissance plus juste des scénaristes. Dans dix-huit mois, un comité de suivi se réunira, sous l’égide du CNC, afin d’analyser les premières retombées de l’accord, permettant aux différents syndicats et organisations de proposer des solutions adaptées. Pour l’heure, il s’agit, selon Sabine Le Stum, d’« observer ce qu’il se passe en continuant de travailler pour l’avenir. L’important, c’est que cet accord ait pu enfin instaurer le dialogue social ».
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