Les médecins continuent de dénoncer haut et fort la loi adoptée sous bâillon, qui change leur mode de rémunération, leur fixe des cibles de performance et les menace de sanctions. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, tente de calmer le jeu en affirmant que certains montants et tarifs peuvent encore être négociés.
La psychiatre Paola Frare, qui pratique en cabinet, se dit « découragée », en « colère » et « profondément blessée ». La médecin de 57 ans, atteinte d’un cancer, est en arrêt de travail depuis un an.
« Je veux bien faire ma part, comprendre que ça ne va pas bien au niveau des finances de la province, mais là, il y a quand même des limites à demander à un médecin de travailler à 25 $ de l’heure », affirme-t-elle.
Car c’est ce qu’elle gagnera à son retour au travail, selon ses calculs. La loi 2 abolit le « supplément à la consultation » des médecins spécialistes, un montant qui bonifiait le tarif de la première visite d’un patient, ainsi que la prime pour la rédaction d’un rapport détaillé destiné aux médecins de famille.
Il y a un an, en combinant les suppléments de consultation et de rapport détaillé, j’étais payée 511,90 $. Et là, je serai payée 181 $. C’est une réduction de 65 %.
Dre Paola Frare, psychiatre
C’est sans compter ses frais de cabinet. « J’arrive à 25 $ de l’heure », estime-t-elle.
Les nouvelles consultations représentent plus de la moitié des cas qu’elle voit en cabinet.
En psychiatrie, l’évaluation d’un patient peut prendre jusqu’à 2 h 30 min, selon la présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec, la Dre Claire Gamache. « C’est très long en pédopsychiatrie et en gérontologie », précise-t-elle.
D’autres spécialités sont particulièrement touchées par la coupe du supplément à la consultation : les pédiatres et les spécialistes en médecine interne, entre autres.
Pas une prime pour l’évaluation
En entrevue avec La Presse, le ministre de la Santé, Christian Dubé, rappelle qu’à l’origine, la prime du supplément à la consultation a été mise en place « parce que les médecins de famille se plaignaient de ne pas avoir un bon retour » de la part des spécialistes pour leurs demandes de référence.
Afin d’encourager ces derniers à prendre de nouveaux patients, un incitatif financier a été créé.
« Ça n’a rien à voir avec le fait que le premier rendez-vous prend plus de temps, dit Christian Dubé. On ne conteste pas ça. »
Le ministre de la Santé propose d’utiliser autrement le montant du supplément qui « vaut plusieurs dizaines de millions de dollars ». Il indique que l’argent se trouve dans « une enveloppe de façon temporaire » jusqu’en janvier.
« On va regarder comment elle pourrait être redistribuée, affirme Christian Dubé. Est-ce qu’elle est redistribuée entre les mêmes spécialités ? Est-ce qu’elle est redistribuée pour donner une prime plus importante, par exemple, pour le premier rendez-vous ? »
Christian Dubé affirme que son gouvernement « s’est gardé l’opportunité de négocier, de continuer à négocier avec les fédérations ces ententes-là », malgré l’adoption d’une loi spéciale.
« Maintenant que la question du mode de rémunération est mise de côté, les tarifs, on va continuer de les négocier si vous venez vous asseoir avec nous », dit-il aux fédérations.
Objectifs inatteignables, selon les médecins
Les médecins interviewés jugent tous que les cibles déterminées par Québec, qui joueront sur leur rémunération, sont inatteignables. Ils n’ont pas, dénoncent-ils, les outils pour y arriver.
La cardiologue Leila Laroussi, qui pratique à l’hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal, cite en exemple l’« ablation de fibrillation auriculaire », une procédure visant à « brûler les courts-circuits électriques » responsables de la fibrillation.
« On est capables techniquement d’en faire deux à trois par jour, dit-elle. Comme ça coûtait trop cher et qu’on arrivait à la moitié de l’année fiscale, on s’est fait dire qu’il fallait qu’on ralentisse. C’est une liste d’attente d’un an pour cette procédure-là. »
En entrevue, Christian Dubé assure que les cibles sont atteignables. Il fait valoir que depuis le dépôt du projet de loi 106 (devenu la loi 2), celles-ci ont été « ajustées avec un principe d’atteinte graduelle qui est beaucoup plus réaliste aujourd’hui » (voir ci-bas la capsule « Les cibles en chiffres »).
« Au début, on disait : “tous les Québécois doivent avoir accès à un professionnel pour 2026”. Après les discussions durant l’été, on s’est dit : “concentrons-nous entre autres pour que la prise en charge soit concentrée dans les premiers mois sur la clientèle vulnérable”, ce qui veut dire à peu près 200 000 personnes. »
Les sanctions prévues
Les deux fédérations médicales signalent qu’elles contesteront en justice la loi 2, qui prévoit notamment des sanctions en cas d’action concertée de médecins qui se désengageraient du réseau public ou ralentiraient leurs activités professionnelles.
Une action concertée implique trois personnes, selon Québec. Qu’adviendra-t-il si trois médecins prennent leur retraite dans une région ?
« Il y a des gens qui régulièrement prennent leur retraite et on ne peut pas les empêcher de prendre leur retraite », dit Christian Dubé.
« Chaque cas va être un cas d’espèce », souligne-t-il.
De son côté, le président du Collège des médecins, qui n’avait pas encore pris position sur la loi 2, a déploré que « la législation continue de lier la rémunération à des indicateurs de performance » contrairement à l’opinion des experts consultés, dans une infolettre aux membres.
Dr Mauril Gaudreault ajoute que le Collège vérifie si celle-ci ne compromet pas « l’autonomie clinique des médecins et leur capacité à offrir des soins sécuritaires ». À la suite d’un examen de la loi, le Collège des médecins formulera des commentaires plus complets.
Avec la collaboration de Fanny Lévesque, La Presse
Des exemples de cibles
Cible : au 1er janvier 2026, 45 % des usagers se présentant au service d’urgence d’une installation d’un établissement sont pris en charge dans un délai de 90 minutes à compter du moment où commence le triage de ces usagers. Cette proportion grimpe à 50 % au 1er juillet. Situation actuelle : 44,1 %.
Cible : 16,5 millions de plages de rendez-vous rendues disponibles par les médecins de famille par année. Situation actuelle : 16,4 millions.
Source : cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé
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