
Le premier conseil municipal du deuxième mandat de Michaël Delafosse à la tête de la mairie de Montpellier s’est déroulé ce mercredi 8 avril. Une séance courte, avec douze affaires dont le débat d’orientation budgétaire 2026 et le vote de la rémunération des élus, qui montre déjà les fractures entre la majorité et les oppositions.
Les groupes constitués
Pour ce premier conseil, les groupes ont été constitués en amont donnant le panel politique de l’assemblée. La majorité est ainsi composé des groupes Socialistes, progressistes, écologistes et républicains présidé par Julie Frêche, Communistes et républicains présidé par Hervé Martin, Place Publique présidé par Christophe Bourdin et Les Écologistes présidé par Manu Reynaud. L’opposition est elle représentée par les groupes de La France Insoumise et Verts Populaires présidée par Nathalie Oziol et de Montpellier notre fierté présidé par Salim Jawhari.
Suite à une demande au préalable du groupe de LFI-VP, il a été convenu que le règlement intérieur du conseil municipal et les moyens mis à disposition des groupes d’élus, ainsi que la composition de certaines instances, soient finalement votés ultérieurement pour laisser le temps à chaque groupe de formuler des propositions et d’en discuter ensemble lors de deux séances de travail entre les présidents pour être ensuite mis en délibération lors du conseil du 18 juin.
157M€ d’investissement
S’il n’était pas encore question de rentrer dans le vif du sujet dans ce conseil mais davantage d’organiser le bon fonctionnement démocratique du mandat, cela n’a pas empêché quelques passes d’armes. Les délibérations rapides de deux rapports sur l’égalité femmes/hommes ou la biodiversité liés à la précédente mandature, a donné l’occasion à Livia Jampy et Julia Mignacca du groupe LFI-VP, dont l’ensemble des élus aura pris la parole durant le conseil, de marquer leurs différences de vision avec la majorité sur la manière d’aborder les deux sujets. Le débat d’orientation budgétaire qui suivi montra lui clairement les fractures.
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Le nouveau délégué aux finances Serge Guiseppin a ainsi défini les grandes orientations du budgets 2026. La collectivité prévoit 157M€ d’investissement, en rappelant que 503M€ d’investissement ont été opérés sur les cinq dernières années, tout en maintenant le niveau des taux de fiscalité (22,49% pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, 52,63% pour la taxe sur le foncier bâti et 112,71% pour la taxe sur le foncier non bâti). Avec un taux d’épargne brute de 15%, une capacité de désendettement de 6,7 ans et un encours de 1 338€/habitant, Serge Guiseppin évoque « des choix politiques forts jouant un rôle d’amortisseur social » et « des bases solides » même si le contexte reste marqué par les conflits internationaux et le désengagement de l’État des collectivités. « Nous prenons en compte le contexte, nous l’affrontons avec rigueur et conviction. Montpellier mérite mieux que l’austérité, Montpellier mérite une gestion intelligente » défend le délégué aux finances. Le budget détaillé sera voté lors du prochain conseil le 14 avril et le Plan Pluriannuel d’Investissement présenté d’ici septembre.
« Sans ambition » ou « pas assez prudent »
Les critiques de l’opposition ont évidemment fusé. Nathalie Oziol y voit « un budget sans ambition » en appelant à « un plan communal contre la pauvreté » quand son camarade Antoine Bertrand note « un profond déséquilibre face à la réalité sociale que vivent les Montpelliérains » en estimant que « ce n’est pas un projet de ville mais une trajectoire comptable » et s’interroge sur « l’enjeu de cette mandature ». Ce dernier questionne également le maintien du taux de la taxe foncière. « Vous protégez les propriétaires mais qui protège les 70% de Montpelliérains qui ne le sont pas ? ». Un faux débat pour Salim Jawhari pour qui « ce sont les propriétaires qui tiennent la ville car en payant des impôts ils contribuent en premier à la solidarité ». Si le représentant de Mohed Altrad attaque l’autre groupe d’opposition, il n’est toutefois pas en accord avec les orientations budgétaires. Exprimant son inquiétude quant au contexte international, il estime que la majorité n’est pas « assez prudente ».
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Une bataille des chiffres classique qui aura vu également Nathalie Oziol tourner son regard vers Saint-Denis et son maire LFI Bally Bagayoko comme exemple à prendre en matière de politique sociale, charger le gouvernement macroniste et fustiger le PS coupable de le soutenir à travers certains votes à l’Assemblée nationale piquant ainsi la député et conseillère municipale Fanny Dombre-Coste. En réponse, la présidente du groupe socialiste Julie Frêche listera les actions sociales opérées durant le mandat précédent quand Michaël Delafosse apporta son soutien Bally Bagayoko face aux attaques racistes subies et de l’inviter à Montpellier pour l’aider à mettre en place la gratuité des transports pour les jeunes, promise dans sa commune. Le maire a par ailleurs annoncé son intention de faire réévaluer par l’État la dotation globale de fonctionnement attribué à Montpellier dû à sa dynamique démographique.
La rémunération des élus
Deuxième point véritablement sujet à débat de ce conseil, le vote de la rémunération des élus. Établie par le code général des collectivités territoriales, cette rémunération aurait pu prévoir une majoration 25% dû au statut de station touristique obtenu lors du dernier mandat. Le conseil municipal y a renoncé. Les rémunérations s’élèvent ainsi à (montant mensuel brut/net) 3 493€/2 689€ pour le maire, 2 529€/1 955€ pour les 26 adjoints, 1 465€/1 128€ pour les 26 conseillers délégués et 308€/237€ pour les conseillers municipaux. « Le volume cumulé reste de 5% inférieur à l’enveloppe théorique globale autorisée par les plafonds légaux » précise la délibération. Ce qui n’a toutefois pas empêcher des échanges vifs.
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Dénonçant le cumul des fonctions et des indemnités portant la rémunération du maire et président de la métropole à environ 8 500€/mois, Alenka Doulain, en s’appuyant sur les travaux d’Observatoire des inégalités, positionne Michaël Delafosse dans « les 1% des plus hauts revenus du territoire » occasionnant ainsi « une forme de déconnexion qui creuse la défiance et affaiblit la capacité à répondre aux urgences sociales ». Défendant que la rémunération des élus « permet d’assurer matériellement l’exercice démocratique », Michaël Delafosse, qui s’est engagé à rendre public ses feuilles d’indemnités a rappelé qu’un conseiller municipal et métropolitain percevait 1 408€ brut/mois et de renvoyer la balle à Nathalie Oziol qui, en cumulant en plus le mandat de député, percevrait 6 620€ brut/mois. « Je suis pour que nos parlementaires aient les moyens pour pouvoir assumer leur mandat » plaide-t-il en appuyant : « Il est facile de prendre les exemples par rapport à la réalité de gens qui sont en difficulté, on aimerait que tout le monde puisse vivre de son travail, mais les indemnités des élus permettent d’exercer de manière sérieuse et convenable le mandat qui nous est confié ».
De l’autre côté de l’opposition, Salim Jawhari a regretté que le maire n’ait pas reproduit son geste de 2020 de réduire à son arrivée de 5% les indemnités des élus, « Aujourd’hui, on prône l’effort pour tous les citoyens et les frais de fonctionnement. On ne peut pas être à géométrie variable » a-t-il souligné pour plaider en faveur « d’une baisse des indemnités des élus pour montrer l’exemple ». Le représentant de Mohed Altrad est ensuite sorti de ses gonds quand l’écologiste Manu Reynaud évoqua la campagne municipale dans une intervention certes éclairante sur la réalité du mandat d’un élu mais où l’élégance républicaine était mise sous le tapis de la politique. Une passe d’armes qui montra que la majorité n’entend pas être le souffre-douleur de l’opposition et certainement pas la victime expiatoire de La France Insoumise. Le ton est donné, sans surprise, pour la suite du mandat et ce dès la semaine prochaine avec le vote du budget.
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