
Le rapport Igas-IGF ouvre un chantier particulièrement sensible pour l’avenir économique des officines : celui de la rémunération à l’ordonnance. Les inspections proposent d’accélérer la transformation engagée depuis 2015 en renforçant progressivement la part de rémunération liée à l’ordonnance afin de réduire la dépendance économique des officines aux volumes de boîtes délivrées. Car malgré dix ans de réformes, 71 % des revenus officinaux restent encore indexés sur les volumes dispensés. Une contradiction devenue difficilement tenable alors même que les pouvoirs publics encouragent simultanément la déprescription et le bon usage du médicament. « On ne peut pas défendre ce type de politique et rémunérer les pharmaciens majoritairement au volume », résume Guillaume Racle, élu national de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), rappelant qu’aujourd’hui « l’acte socle » du pharmacien est avant tout l’ordonnance.
Injecter de nouveaux financements
La véritable difficulté de ce projet de réforme sera de trouver comment augmenter l’honoraire à l’ordonnance sans déstabiliser l’économie du réseau officinal. Toute revalorisation de l’ordonnance implique mécaniquement de réduire une partie des rémunérations aujourd’hui liées aux volumes, mais la bascule ne peut pas consister en un simple transfert d’un honoraire à l’autre : « Une baisse de 10 centimes de l’honoraire à la boîte représenterait environ 240 millions d’euros à redistribuer, quand une hausse équivalente de l’honoraire à l’ordonnance ne pèserait qu’environ 65 millions d’euros. Autrement dit, la réforme ne peut pas fonctionner selon une simple logique de vases communicants. Pour compenser une baisse des rémunérations liées aux volumes, il faudrait soit fortement revaloriser l’honoraire à l’ordonnance, soit injecter de nouveaux financements dans le système », souligne Julien Chauvin, président de la commission Etudes et stratégie économiques, au sein de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
Des gagnants et des perdants
Même constat du côté de l’USPO qui rappelle qu’une réforme « à enveloppe constante » serait difficilement soutenable pour le réseau officinal. « Derrière les arbitrages techniques sur les honoraires se cachent des réalités économiques extrêmement différentes selon les profils d’officines. Il faut éviter qu’une réforme ne crée de nouveaux déséquilibres avec des officines gagnantes et d’autres perdantes. Nous travaillons actuellement sur plusieurs scenarii de redistribution afin d’évaluer leurs effets microéconomiques sur les différents types de pharmacies. L’objectif est d’identifier les modèles capables de mieux valoriser l’ordonnance sans fragiliser les structures déjà les plus exposées », poursuit Guillaume Racle.
Dans les faits, certaines pharmacies, avec beaucoup d’ordonnances courtes et un flux élevé de patients, pourraient bénéficier d’une montée de l’honoraire à l’ordonnance. À l’inverse, des officines prenant en charge une patientèle plus âgée, davantage de patients en ALD et des ordonnances complexes pourraient être plus exposées à une baisse des rémunérations adossées aux boîtes dispensées. « Ce serait couper en deux le paysage pharmaceutique français », prévient Julien Chauvin.
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Forfait structure
C’est précisément pour limiter ces effets redistributifs que le rapport Igas-IGF ouvre d’ailleurs la voie à un « forfait structure ». L’idée serait de sécuriser une partie des revenus des officines via une rémunération fixe, indépendante des volumes délivrés. Une piste creusée par la FSPF, qui estime que ce dispositif bénéficierait surtout aux petites pharmacies et aux structures les plus fragiles économiquement. « Une somme fixe de plusieurs dizaines de milliers d’euros représenterait un apport proportionnellement beaucoup plus important pour une officine de petite taille que pour une très grosse pharmacie. Elle permettrait d’amortir une partie des pertes liées à la baisse des rémunérations adossées aux volumes tout en limitant les écarts entre pharmacies gagnantes et perdantes », explique Julien Chauvin.
L’idée ne serait donc pas seulement de transférer une partie de la rémunération des boîtes vers l’ordonnance, mais de combiner plusieurs leviers afin de rendre la transition économiquement soutenable pour le réseau officinal. Un défi de taille à l’heure où les baisses de prix successives et l’érosion attendue des remises commerciales menacent déjà une partie des revenus des pharmacies. Les négociations conventionnelles à venir seront donc déterminantes.
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