CAP, bac, master, grandes écoles… Quel salaire rapporte vraiment chaque diplôme sur le marché du travail

Les chiffres du Céreq révèlent l’écart de rémunération entre les niveaux de formation et confirment que le diplôme reste un puissant levier d’insertion professionnelle.

Alors que le nombre d’étudiants a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 3 millions à la rentrée 2024, contre 2,2 millions en 2004, certains prédisaient une dilution de la valeur des diplômes. Les faits racontent une tout autre histoire. La hiérarchie des titres scolaires apparaît « quasi-immuable » depuis vingt ans en matière de rémunération. Et le diplôme continue de jouer un « rôle protecteur déterminant sur le marché du travail », malgré la massification de l’enseignement supérieur.

C’est l’un des principaux enseignements de la dernière enquête du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), consacrée à l’insertion de la « Génération 2021 » trois ans après sa sortie du système éducatif. Conclusion : chaque année d’étude supplémentaire continue de se transformer en avantage salarial. Les années passées sur les bancs de l’école restent, pour les jeunes actifs, un investissement particulièrement rentable.

Une pyramide salariale qui épouse le niveau de diplôme

Les chiffres du Céreq dessinent une mécanique implacable. Dès le premier emploi, la rémunération médiane progresse presque à chaque marche franchie dans la hiérarchie scolaire. En bas de l’échelle, les jeunes sortis sans diplôme perçoivent un revenu médian de 1 260 euros par mois. Un niveau inférieur au Smic net à temps plein, qui s’explique notamment par un recours plus fréquent au temps partiel subi. Les titulaires d’un CAP ou d’un BEP atteignent 1 360 euros, tandis que ceux qui s’arrêtent au baccalauréat bénéficient d’une rémunération médiane de 1 400 euros.

Situation en 2024 des jeunes entrés sur le marché du travail en 2021 (G2021), évolution par rapport à ceux entrés en 2017 (en %).
Situation en 2024 des jeunes entrés sur le marché du travail en 2021 (G2021), évolution par rapport à ceux entrés en 2017 (en %). (Crédits : Céreq)

Le passage dans l’enseignement supérieur accentue encore l’écart. Les diplômés d’un bac+2 hors santé et social affichent un revenu médian de 1 480 euros. Celui-ci grimpe à 1 530 euros pour les niveaux bac+3 ou bac+4. Le véritable saut intervient avec le master (bac+5), qui porte le premier salaire médian à 1 810 euros. Les diplômés des écoles d’ingénieurs ou de commerce se situent encore plus haut, avec 2 130 euros de revenu médian dès leur entrée dans la vie professionnelle. Au sommet de la pyramide, les titulaires d’un doctorat (bac+8) atteignent 2 410 euros.

Une exception confirme toutefois la règle : les formations courtes de l’enseignement supérieur dans les secteurs de la santé et du social. Portées par des besoins importants de main-d’œuvre, elles affichent un revenu médian de 1 840 euros dès les débuts de carrière, dépassant ainsi les diplômés de master universitaire.

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Le diplôme, un « bouclier » contre le chômage

L’avantage du diplôme ne se limite pas à la fiche de paie. Il constitue aussi une protection efficace contre la précarité. En étudiant six générations de jeunes entre 2004 et 2024, le Céreq observe que le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur n’a jamais dépassé 15 %, alors que celui des sortants du secondaire « l’a systématiquement dépassé ». Chez les jeunes sans diplôme, le chômage atteint même 40 %.

« La protection conférée par l’enseignement supérieur est donc robuste, même en période de crise », soulignent les chercheurs du Céreq. Le constat est le même sur la part d’emploi à durée indéterminée (EDI), « qu’il s’agisse d’un contrat à durée indéterminée (CDI), d’un emploi de fonctionnaire ou d’une activité indépendante » note le rapport. Le taux d’EDI augmente significativement avec le niveau du diplôme.

Ces résultats viennent contredire une idée largement répandue dans le débat public : celle d’un déclassement massif des diplômés. Alors même que les effectifs de diplômés bac+5 et plus ont fortement progressé en vingt ans, leur insertion reste solide. Leur taux de déclassement — c’est-à-dire le fait d’occuper un emploi inférieur au niveau de compétences attendu — « tend à diminuer depuis une décennie ».

Le marché du travail a donc absorbé cette hausse du nombre de diplômés. « L’hypothèse d’une inflation des diplômes du supérieur long (bac+5 et plus), au sens où leur multiplication en réduirait la valeur individuelle, ne se vérifie pas », conclut l’étude.

Les diplômes intermédiaires davantage fragilisés

Le tableau est toutefois moins favorable pour les niveaux bac+2 et bac+3/4. Ces diplômés se retrouvent davantage exposés au risque de déclassement, pris entre l’élévation générale du niveau de formation et des structures d’emploi qui évoluent plus lentement. Entre 2013 et 2021, leur taux de déclassement a « franchement augmenté », à l’exception notable des filières santé-social, qui continuent de bénéficier d’une forte demande.

Dans l’ensemble, la situation de la « Génération 2021 » reste néanmoins favorable. Trois ans après leur sortie du système éducatif, ces jeunes affichent des indicateurs d’insertion « globalement meilleurs » que ceux de la génération 2017. Leur taux de chômage s’établit à 16 % et leur revenu médian au premier emploi atteint 1 530 euros, soit une progression de 11 % en euros constants par rapport à la cohorte précédente.

Cette amélioration pourrait toutefois ne pas durer. Les économistes du Céreq appellent à la prudence et rappellent que « cette embellie masque une dégradation à l’œuvre depuis l’été 2023, sous l’effet du ralentissement économique ». Les premiers signes apparaissent déjà : ralentissement des recrutements en contrat stable, progression des contrats courts et incertitudes accrues pour les jeunes entrants sur le marché du travail.

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